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D'entrée, il annonce: «Enquêter
sur Coca-Cola, c'est autrement plus difficile que de travailler
sur la mort de John F. Kennedy ou sur la présidence
de George W. Bush...» Il sait de quoi il parle: journaliste
français basé aux Etats-Unis, William Reymond
publie ces jours-ci «Coca-Cola, l'enquête interdite».
Adolescent, il s'est nourri de légendes et de rêves
américains en buvant du Coca-Cola; il en est même
arrivé, avec son père, à monter une collection
sur tout ce qui a rapport à la boisson américaine
en France. Mais, journaliste d'investigation réputé,
il s'interroge: avec un outil très puissant, un budget
de communication annuel de 5,2 milliards de francs, Coca-Cola
a installé une légende officielle. «Soudain,
j'ai douté. N'était-ce pas trop beau pour être
totalement vrai?» Il lance alors l'enquête, contacte
la compagnie à Atlanta, qui lui répond: «Envoyez-nous
votre manuscrit et nous verrons si nous pouvons vous ouvrir nos
archives...» Commentaire de l'auteur: «C'est une
forme déguisée de censure!» raconte-t-il
en rentrant d'Atlanta, au centre du sud des Etats-Unis, une ville
dont le coeur bat au rythme de Coca-Cola depuis la fin du XIXe
siècle.
Dans votre livre, vous rappelez que, dès le début,
la légende est basée sur un mensonge...
En effet, alors qu'on nous a toujours dit que la boisson avait été baptisée
Coca-Cola parce que c'était poétique, on a caché qu'elle
a été inspirée par la composition d'un vin
corse - le vin Mariani -, qu'elle était alcoolisée
et qu'elle contenait de la cocaïne... Dès ses débuts,
Coca-Cola s'est imposé sur une fausse légende.
«Coca-Cola, l'enquête interdite» révèle
aussi le rôle de la compagnie d'Atlanta pendant la Seconde
Guerre mondiale...
C'est sûrement le point fort de mon livre. Des révélations
que j'ai découvertes à l'Université Emory
d'Atlanta. Dans les papiers personnels de Robert Wood-ruff -
président de la compagnie dès 1923 et pendant plus
de soixante ans -, je trouve des mémos sur les années
1939, 1940 et 1941. Très clairement, il y est dit que
Coca-Cola soutient l'effort de guerre des Etats-Unis... ce qui
lui évite de payer des impôts! Et puis je tombe
sur une série de documents sur le problème allemand.
En 1939, avec 100 millions de bouteilles vendues, l'Allemagne
est le deuxième marché de la marque. Woodruff est
catégorique: il faut contrer le blocus anglais et continuer
de vendre Coca-Cola aux Allemands. Le sirop part du port roumain
de Constanza, transite par la Suisse pour arriver finalement
en Allemagne. La Suisse devient alors une boîte aux lettres
pour Coca-Cola. Autre découverte: la société d'Atlanta
a fait travailler, pendant la période de la guerre, des
travailleurs forcés. On est bien loin de la légende
de la boisson amenée en Europe par les soldats américains
de la Libération...
Qu'en est-il du secret de la formule du Coca-Cola?
On nous dit encore et toujours qu'elle est enfermée dans
un coffre de la banque Sun Trust, à Atlanta. C'est le
fameux code 7X... Peut-être, mais c'est un secret de polichinelle.
Cette formule, on la trouve dans de nombreux ouvrages, et même
sur Internet. Mais il faut entretenir la légende. L'image.
Parce que, au-delà d'une boisson, on nous vend un univers.
Au retour d'une visite à Atlanta, des dirigeants d'Orangina
racontaient s'être cru dans une secte...
Le mot est un peu fort. N'empêche! Chez Coca-Cola, il existe
une vraie culture du secret. Et, pour ses employés, la
compagnie est une religion: j'en connais qui quittent un restaurant
si on n'y sert pas du Coca-Cola!
Aujourd'hui, Coca-Cola est présent dans 200 pays, et
7000 bouteilles sont bues chaque seconde à travers le
monde... De quoi sera fait l'avenir de la société d'Atlanta?
La firme est reconnue immédiatement par 94% de la population
mondiale. A Atlanta, on s'interroge sur la manière de
conquérir les 6% manquants. Et, bien plus que la bagarre
avec Pepsi ou Virgin, c'est un autre grand défi que s'est
lancé Coca-Cola en se positionnant sur un nouveau marché gigantesque,
celui des liquides. A présent, la compagnie d'Atlanta
ne représente que 2% de ce marché; autant dire
qu'il reste une marge de progression extraordinaire. Et que, à terme,
Coca-Cola veut devenir la première boisson, avant l'eau.
Etre la boisson essentielle. Ce qui posera inévitablement
des problèmes de santé mondiale. Déjà,
dans certains Etats d'Amérique du Nord, on boit davantage
de Coca-Cola que d'eau!
A lire: «Coca-Cola, l'enquête interdite», de William
Reymond. Flammarion, 432 pages
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